31/10/2022
Mercredi 10 juillet 1963, autodrome de Miramas (Bouches du Rhône).
Il est midi pile lorsqu’une Ford 12M, strictement de série, prend le départ d’un long périple sur les 5 km du circuit de Miramas qu’il a fallu remettre en état de manière urgente, l’autodrome de Montlhéry généralement dévolu aux tentatives de records n’étant pas libre pour une si longue période. Car l’ambition des sept pilotes qui vont se relayer 24h sur 24 au volant est grande, battre le record de la « Rosalie » Citroën effectué en 1933 : 300 000 kilomètres en 135 jours à 93 km/h de moyenne et si possible faire beaucoup mieux ! Cette fois, le partenaire n’est pas Yacco mais BP qui veut ainsi faire la promotion de sa nouvelle huile Hydro-Static Longlife.
La ronde commence et se poursuit tout l’été sans incident notable. Tout juste quelques lièvres et autres faisans traversant la piste payent le prix des 2mn 43 qu’il faut à « Mino », le surnom de la 12M, pour effectuer chaque tour, soit une moyenne de 107-108 km/h. Trois mois après le départ, le 10 octobre, le cap des 240 000 kilomètres est franchi. Les conditions de roulage deviennent éprouvantes, avec un Mistral terrible qui ne permet pas à Mino de dépasser les 80 km/h dans un sens, mais qui la pousse à plus de 150 au retour ! Du vent, des pluies diluviennes et des orages ne ralentissent pas la vaillante petit Ford, ce sont les pilotes, tous chauffeurs de poids lourds chez BP, qui commencent à accuser le coup…
Le mardi 29 octobre à 3h du matin, alors que Mino effectue son 56 687e tour, un pilote pique du nez quelques secondes, le temps pour en perdre le contrôle et quitter la piste… Après quatre tonneaux, la voiture retombe sur ses roues et son conducteur, légèrement contusionné mais bien réveillé, entreprend de la pousser vers les stands. Les mécaniciens, qui ne l’ont pas vue passer depuis plusieurs minutes viennent l’aider et la ramène sur la ligne de départ. La Ford 12M a déjà parcouru 284 275 kilomètres. Il en reste à peine plus de 15 000 pour battre le record. On démarre le moteur, il tourne comme une horloge, rien n’est perdu ! Tout le monde se jette sur l’auto, coupant des tôles cabossées, démontant ce qui est cassé, redressant ce qui peut l’être. À 13 heures, Mino ne ressemble plus tellement à une 12M mais peut reprendre le départ !
Le lundi 4 novembre à 21h 21, Mino atteint 300 000 kilomètres. Et puisque ça tourne si bien et qu’elle en redemande, on décide de continuer ! Ce sont les pilotes, de peur de ne pas passer Noël en famille, qui finiront par demander grâce devant cette auto qui paraît totalement inusable. Le vendredi 29 novembre à 21h, Mino s’arrête définitivement, après 142 jours de course. Avec son petit moteur V4 de 1183 cc, elle a parcouru 358 273 kilomètres, la distance de la Terre à la Lune, à la moyenne de 106 km/h…
L’exploit est retentissant et Ford l’exploitera largement pour faire la promotion du modèle. Mais la pauvre Mino ne sera quasiment pas exposée, son esthétique fracassée risquant de faire fuir les clients. Elle échouera pour de longues années dans les réserves du Musée du Mans avant qu’un authentique passionné, Franck Rousset, n’en devienne l’heureux propriétaire. C’est elle que vous pourrez voir exposée le week-end prochain au salon Epoqu’auto, dans le cadre de l’exposition « Ford en Europe ».
© Photo Thomas Bersy
www.flickr.com/photos/tautaudu02/
www.epoquauto.fr