20/08/2026
Le plaisir idiot de prendre une ancienne pour aller nulle part...
Il y a un moment, généralement le dimanche matin, où certains d'entre nous commettent une faute assez difficile à justifier.
On ouvre le garage. On regarde la voiture. On sait parfaitement qu'on n'a besoin d'aller nulle part. Et pourtant, on démarre.
Pas de rassemblement. Pas de balade organisée. Pas de déjeuner chez des amis à 80 kilomètres. Même pas une pièce à aller chercher, ce qui aurait au moins fourni un semblant d'alibi.
Non. Juste l'envie de rouler. Dans une autre époque.
Alors on sort doucement la voiture, parce que le voisin dort encore et que mon vieux moteur n'a jamais été un chantre de la discrétion. On laisse chauffer. On écoute les petits bruits qu'on connaît par cœur et ceux qu'on espère ne pas avoir à apprendre.
Puis on prend la route.
Une petite départementale. Celle qu'on pourrait parcourir les yeux fermés, ce qui serait d'ailleurs une très mauvaise idée.
On ne va nulle part. Et c'est précisément ça le plaisir.
On s'arrête parfois pour prendre un café dans un endroit où l'on n'aurait jamais eu l'idée de s'arrêter avec la voiture moderne. On regarde l'ancienne garée devant, avec ses chromes, ses défauts, sa petite fuite qu'on surveille depuis six mois et cette tache d'huile au sol qui commence à faire partie du paysage.
On sait qu'on devrait probablement rentrer. Mais on reprend la route.
Parce qu'une ancienne est une machine assez étrange. Elle peut vous faire dépenser de l'argent pour la maintenir en état, vous faire passer un samedi après-midi sous le capot, vous faire chercher pendant trois semaines une pièce qui existait pourtant en abondance en 1974...
Et malgré tout ça, le dimanche matin, c'est encore elle qu'on a envie de sortir.
La voiture moderne, elle, est prête à partir depuis trois jours. Elle démarre au quart de tour, connaît la route, vous indique la température extérieure et vous expliquera probablement dans quelques minutes que vous avez oublié de fermer une porte.
Mais vous ne la sortez pas. Vous prenez l'autre. Celle qui demande un peu de starter, celle dont la boîte accroche légèrement en seconde tant qu'elle est froide, celle qui fait du bruit pour avancer à 90 et qui vous donne l'impression d'avoir réellement voyagé après vingt kilomètres.
C'est parfaitement irrationnel. Et c'est probablement pour ça qu'on aime ça. Il y a suffisamment de choses dans la vie qui doivent avoir une utilité.
Une ancienne n'est pas obligée d'en avoir une. Elle peut simplement vous emmener quelque part.
Même si vous ne savez pas où.