03/10/2026
« On va quand même éviter de lui donner des médicaments… il n’a que 9 ans. »
Cette phrase semble prudente.
Presque forcément raisonnable.
Et pourtant, elle me dérange parfois.
Parce qu’en matière de TDAH, ne pas traiter est également une décision thérapeutique.
Avec, elle aussi, des conséquences potentielles.
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Il existe encore une représentation assez étonnante du traitement médicamenteux du TDAH.
D’un côté, il y aurait les « bonnes » prises en charge :
👉 discuter avec l’enfant,
👉 aménager l’école,
👉 accompagner les parents,
👉 travailler les stratégies,
👉 attendre qu’il mûrisse.
Et de l’autre :
💊 « passer aux médicaments ».
Comme si le médicament constituait une sorte d’échec.
Comme si prescrire signifiait :
« Nous n’avons pas réussi autrement. »
Ou pire :
« Nous choisissons la facilité. »
Mais depuis quand une thérapeutique devient-elle moralement suspecte simplement parce qu’elle est pharmacologique ?
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Personne ne devrait prescrire du méthylphénidate à la légère.
Évidemment.
Le diagnostic doit être rigoureux.
Les indications individualisées.
Les contre-indications recherchées.
L’efficacité et les effets indésirables surveillés.
Et la prise en charge ne devrait pas se résumer à une ordonnance.
La HAS recommande d’ailleurs une prise en charge globale et multimodale, associant interventions non médicamenteuses, accompagnement scolaire et, lorsque cela est indiqué, traitement médicamenteux.
Mais cela fonctionne aussi dans l’autre sens :
refuser le médicament par principe n’est pas davantage de la médecine fondée sur les preuves.
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J’entends parfois :
« On va d’abord essayer absolument tout le reste. »
Pourquoi « absolument tout » ?
Pendant combien de temps ?
Six mois ?
Deux ans ?
Jusqu’à ce que l’enfant déteste l’école ?
Jusqu’à ce que les devoirs détruisent les soirées familiales ?
Jusqu’à ce qu’il soit persuadé d’être paresseux, incapable ou « nul » ?
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Il existe une différence importante entre :
ne pas médicaliser inutilement un enfant
et
re**rder systématiquement un traitement potentiellement pertinent uniquement parce qu’il s’agit d’un psychostimulant.
Le méthylphénidate n’est pas une solution magique.
Il ne fait pas les devoirs.
Il n’apprend pas les tables de multiplication.
Il ne remplace pas les parents.
Il ne remplace pas l’enseignant.
Il ne règle pas tous les problèmes comportementaux.
Et il ne convient pas à tous les enfants.
Mais lorsqu’il est indiqué, c’est un véritable traitement du TDAH, pas une béquille honteuse destinée à rendre les enfants plus dociles.
Les recommandations françaises de la HAS placent le méthylphénidate parmi les interventions médicamenteuses de référence du TDAH de l’enfant et prévoient une adaptation individualisée selon l’efficacité et la tolérance.
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Et il y a une phrase qui m’interroge particulièrement :
« Je préfère qu’il apprenne à gérer sans médicament. »
Mais pourquoi opposer les deux ?
Un enfant qui voit mieux avec ses lunettes doit-il régulièrement les retirer…
pour apprendre à se débrouiller sans ?
L’objectif d’un traitement n’est pas nécessairement de remplacer les stratégies.
Il peut justement créer des conditions dans lesquelles l’enfant devient davantage disponible pour :
apprendre,
s’organiser,
expérimenter des stratégies,
contrôler davantage son comportement,
et accumuler enfin des expériences de réussite.
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Il faut aussi arrêter de présenter la situation comme s’il existait seulement deux risques :
prendre un médicament
versus
ne prendre aucun risque.
Le TDAH lui-même peut avoir un retentissement important sur le fonctionnement scolaire, familial et social. La HAS souligne également les risques associés à son évolution et à un re**rd de prise en charge.
Cela ne signifie évidemment pas :
« Tous les enfants TDAH doivent être médicamentés. »
Ce serait tout aussi simpliste.
Cela signifie :
la balance bénéfice-risque doit être examinée des deux côtés.
Quels sont les bénéfices attendus ?
Quels sont les effets indésirables ?
Quel est le retentissement actuel du trouble ?
Quelles interventions ont déjà été proposées ?
Que souhaite l’enfant ?
Que constate la famille ?
Comment évolue-t-il ?
Et surtout :
qu’observe-t-on concrètement avec et sans traitement ?
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Je crois finalement que nous gagnerions à retirer un peu de morale de cette discussion.
Prescrire n’est pas automatiquement :
« médicaliser l’enfance ».
Ne pas prescrire n’est pas automatiquement :
« respecter le développement naturel de l’enfant ».
Et accepter un traitement pour son enfant n’est certainement pas :
avoir échoué comme parent.
Ce sont des décisions médicales.
Elles devraient être prises sur la base du diagnostic, du retentissement, des données scientifiques, des préférences de la famille et de l’enfant, et d’une surveillance médicale adaptée.
Pas en fonction de notre inconfort idéologique face au mot :
« médicament ».
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Alors je pose une question qui risque de faire discuter les professionnels :
Sommes-nous parfois tellement préoccupés par le risque de “surmédicaliser” le TDAH que nous oublions qu’un sous-traitement peut lui aussi avoir un coût ?
Et une deuxième, encore plus inconfortable :
pourquoi demandons-nous parfois aux familles d’épuiser toutes les autres solutions avant même d’accepter de discuter sereinement du médicament ?
Médecins, pédiatres, pédopsychiatres, pharmaciens, soignants et parents :
où placez-vous la frontière entre prudence thérapeutique et réticence idéologique au traitement ? 👇