19/05/2025
Quand l’arrogance des élites insulte la souffrance du peuple…
D’un côté, le ministre de la Santé affirme que le système sanitaire ivoirien a connu, ces dix dernières années, des « avancées spectaculaires » : construction de CHU, modernisation du plateau technique, et investissements massifs dans les infrastructures hospitalières. Il vante un secteur devenu, selon ses propres termes, « une référence internationale » n’ayant « rien à envier aux hôpitaux occidentaux ».
De l’autre côté, la présidente du Sénat, dans une déclaration publique empreinte d’enthousiasme, se réjouit de la signature d’un accord préférentiel entre les institutions ivoiriennes et l’Hôpital Américain de Paris, afin que les hautes personnalités de l’État puissent désormais s’y faire soigner à moindre coût.
Alors, de deux choses l’une : soit le ministre nous dit des contre-vérités. Soit la présidente du Sénat confirme que nos hôpitaux, malgré les milliards injectés, ne sont bons que pour les citoyens ordinaires, mais pas pour leurs dirigeants.
Pendant que les autorités négocient des soins VIP en France, voici ce que vivent nos concitoyens en Côte d’Ivoire :
• Seulement 6 CHU totalement fonctionnels pour plus de 29 millions d’habitants, soit 1 CHU pour près de 5 millions de personnes.
• Moins de 20 centres d’hémodialyse sur l’ensemble du territoire, concentrés essentiellement à Abidjan, alors que plus de 3 000 Ivoiriens souffrent d’insuffisance rénale chronique.
• 1 seul centre national de cancérologie, malgré une augmentation de 15 % des cas de cancer chaque année.
• 1 cardiologue pour environ 100 000 habitants, selon les chiffres de l’Ordre national des médecins.
• Un SMIG toujours bloqué à 75 000 F CFA, alors que le coût d’une consultation privée spécialisée dépasse souvent les 30 000 F CFA.
• Et pendant ce temps, l’Hôpital Américain de Paris facture entre 1 000 et 3 000 euros par jour d’hospitalisation, selon les soins, dans un établissement classé parmi les plus chers du monde.
Ce « partenariat » avec un hôpital de luxe étranger est plus qu’un scandale. C’est une gifle à la dignité du peuple ivoirien, une insulte à tous ceux qui, faute de moyens ou d’équipements, meurent chaque jour de maladies pourtant soignables.
C’est une provocation de plus, dans un pays où :
• Des femmes continuent d’accoucher à même le sol dans des centres de santé sans lits.
• Des malades meurent faute d’oxygène ou de scanner.
Et pourtant, ce sont ces mêmes dirigeants, qui chantent les louanges d’un système sanitaire qu’eux-mêmes refusent d’utiliser, préférant les cliniques parisiennes à nos hôpitaux publics.
FIER, au nom du principe d’égalité de tous devant le service public, condamne fermement cette décision inique et ce privilège réservé à une minorité.
Nous demandons que les dirigeants montrent l’exemple et soient soumis à l’obligation morale de se faire soigner dans les établissements publics qu’ils gouvernent.
Nos propositions :
1. Audit public et indépendant de tous les investissements réalisés dans le secteur de la santé ces dix dernières années, pour évaluer concrètement leur impact.
2. Création immédiate de centres régionaux de spécialités : hémodialyse, cancérologie, cardiologie, accessibles au public avec un personnel formé.
3. Adoption d’une loi limitant les prises en charge sanitaires à l’étranger pour les élus, sauf en cas de non-disponibilité prouvée d’une solution locale.
4. Mise en place d’un fonds spécial de soutien médical pour les populations défavorisées, financé en partie par la réduction des dépenses médicales à l’étranger des institutions.
5. Campagne de transparence sur les dépenses médicales de l’État et des institutions publiques à l’étranger.
Tant que les dirigeants refuseront de subir les conséquences du système qu’ils administrent, ils continueront d’investir davantage dans leurs privilèges que dans nos hôpitaux.
Tant que leurs vies auront plus de valeur que celles de nos enfants, aucune réforme ne sera sincère.
FIER appelle les Ivoiriens à dire NON à cette politique du mépris et à se mobiliser pour une santé pour tous, ici, chez nous, en Côte d’Ivoire.
Car « la Côte d’Ivoire d’abord », ce n’est pas une promesse de campagne. C’est un devoir.
Jean Bonin KOUADIO
Juriste
President de FIER